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Où en est l'égalité professionnelle en 2024 ?

De Nicolas Treuvey

Le vendredi 8 mars 2024

Malgré des avancées indéniables, l'égalité réelle entre les femmes et les hommes n'est toujours pas à l'ordre du jour dans les entreprises. Pour Haude Rivoal, qui a récemment animé un groupe de travail à l'Anvie sur la place des masculinités dans le monde du travail, les causes sont multiples et sont à chercher dans les entreprises mais aussi, et surtout, dans la société.

Des évolutions sociétales qui ne vont pas toujours dans le sens de l’égalité

Le rapport annuel du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) constitue l’un des baromètres les plus fiables sur le sexisme en France. En 2022, pour sa première publication, toute une partie était consacrée au monde du travail. En 2023, le focus portait sur les stéréotypes de genre, en particulier chez les jeunes hommes. Force est de constater en effet que sans de nombreuses situations banales du quotidien, les clichés masculinistes demeurent profondément ancrés. Une forme de valorisation du genre est à l’œuvre.

Ainsi, selon ce rapport, 23 % des 25-34 ans estiment qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter, contre 11% en moyenne. Ils sont par ailleurs 32 % à considérer que le barbecue est une affaire d’hommes, contre seulement 23 % des hommes tous âges confondus. Nombre d’hommes ont franchi un cap en matière d’égalité, mais d’autres ont, au contraire, tendance à revenir en arrière...

Contrairement à ce qui existait il y a 20 ou 25 ans, la jeunesse est très hétérogène à ce sujet. Ces divergences touchent en outre tous les milieux sociaux et peuvent exister au sein d’un même groupe d’amis.

Et malheureusement de nouvelles générations arrivent désormais sur le marché du travail avec des idées qui ne vont pas dans le sens du progrès. Les réseaux sociaux, TikTok en tête, jouent un rôle majeur dans la propagation des messages masculinistes. Sans oublier que toutes les grandes avancées en matière d'égalité F-H se sont accompagnées d’un « backlash », et l'époque actuelle n'échappe pas à la règle.

Des femmes qui restent désavantagées sur le marché du travail

Il existe encore de nombreuses disparités dans la manière dont femmes et hommes se sentent dans le milieu du travail, dont ils vivent leur carrière et dont ils abordent la parentalité. Un triple effet a des conséquences sur la place occupée par les femmes et les hommes sur le marché de l’emploi.

Quel intérêt à la mixité ?

Il est très difficile de progresser si l’intérêt de la démarche n’est pas compris, si celle-ci est vécue comme une contrainte supplémentaire imposée par le Siège. Malheureusement, sur le terrain, l’égalité ne fait pas toujours sens. Les résistances sont d’autant plus fortes que les hommes exercent un métier qu’ils considèrent comme un métier d’homme et qu’ils en tirent une fierté.

Pour promouvoir la mixité, certains mettent en avant le fait que les femmes auraient des compétences complémentaires à celles des hommes, ce qui créerait de la richesse et de la performance. Une telle approche peut toutefois être contre-productive, car elle va à l’encontre de la notion d’égalité.

La clef est peut-être dans l’évolution des qualités professionnelles attendues chez les salariés, quel que soit leur genre. Celle-ci implique une plus grande ouverture à la diversité et peut être un moyen de rebattre les cartes, au moins partiellement.

Des perspectives peu réjouissantes

Une évolution notable est intervenue depuis les années 1980. À l’époque, les femmes ne représentaient que 4 % des cadres contre 24% aujourd'hui tous secteurs confondus. Cette progression est évidemment positive : mais elle ne doit pas masquer d’autres signaux, qui ne le sont pas du tout.

Pendant la période Covid, la généralisation du télétravail a plutôt creusé les inégalités. Chez les enseignants-chercheurs par exemple, les hommes en ont profité pour publier, ce qui est bénéfique pour leur progression de carrière. À l’inverse, leurs collègues féminines ont surtout essayé de maintenir le lien avec les étudiants. Ces attitudes marquent deux approches très différentes du métier.

Les femmes, déjà peu présentes dans l’informatique et la tech, restent évincées du système prometteur des start-ups. Au sein de ces dernières, la culture virile s’impose de plus en plus. La référence à des modèles de masculinité comme Elon Musk ou Mark Zuckerberg progresse.

Certes, de plus en plus de femmes entrent dans des écoles d’ingénieurs ou des formations technologiques. Mais elles sont nombreuses à se réorienter pendant leurs études ou après quelques années sur le marché de l’emploi. Elles peinent à trouver leur place dans un environnement où rien n’est fait pour elles.

Si les femmes rencontrent des difficultés pour s’imposer dans un univers masculin, la situation inverse n’est pas toujours vraie. Par exemple, les hommes maïeuticiens sont souvent mieux payés que leurs collègues féminines. Ils bénéficient d’un escalator de verre : celui-ci leur permet de progresser plus rapidement, en conservant un certain nombre de privilèges traditionnellement liés à leur genre.

Au cours d’une vie, toutes les inégalités s’accumulent au détriment des femmes. À la fin du parcours professionnel, l’écart de pension de retraite moyenne se fige à 40,5% : il est le reflet de tous les écarts au cours de la carrière. Les femmes n’ont pas les mêmes opportunités économiques que les hommes et sont fréquemment pénalisées au moment des séparations, des héritages, etc. Ces mécanismes restent à l’œuvre dans toutes les classes sociales.

Des bons sentiments difficiles à transformer en actions concrètes

Les hommes ne disent plus ouvertement que les femmes doivent rester à la maison. Les entreprises adoptent des discours volontaristes en faveur de l’égalité. Toutefois, une forme de domination demeure, plus subtile. De nombreux hommes ne se sentent pas réellement concernés par la question de l’égalité, à titre individuel et collectif. Il est probablement difficile d’être face à un miroir qui renvoie une image de soi peu flatteuse.

Certains d’entre eux considèrent en outre que ces phénomènes structurels épargnent le marché du travail. Celui-ci serai dominé par la méritocratie et tout le monde y trouve les mêmes opportunités. Or la réalité est souvent très différente. La plupart des entreprises conservent des modes de fonctionnement très traditionnels, imprégnés de culture virile.

Sans oublier que les stéréotypes genrés demeurent. Alors que les femmes sont pénalisées par les maternités, les pères peuvent compter sur le « daddy bonus ». Devenus pères, ils seraient devenus responsables. Ils sont donc légitimes à progresser, à être augmentés.De même, le modèle d’expatriation continue de faire la part belle à un schéma dans lequel l’épouse suit son conjoint et met sa carrière entre parenthèses pour élever les enfants.

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